"Les faits d'imbécilité, de démence, ou de fureur, seront articulés par écrit."
Article 493 du Code civil de 1804

Thursday, August 06, 2009

Vous pouvez toujours battre votre femme entre les murs, tant que vous fumez dehors...

Petite mise en perspective, et réaction à froid, sur la "Sale Pute" d'Orelsan.
Je vais, une fois n'est pas coutume, comparer l'incomparable. N'attendez pas trop de droit non plus dans ce post, je laisse les détails à des praticiens blogueurs bien plus aguéris que moi. Cependant mon opinion est beaucoup moins tranchée que la leur en l'espèce.
Quant à Orelsan d'abord, voici une opinion non fondée en droit mais en bon sens (excusez du peu). Relativement mesurée en plus, ce qui devient rare. Une seule précision à apporter: la chanson incriminée ("Sale Pute") n'était pas prévue au festival de toute façon. Mais ça ne change pas la question de fond que je voulais exposer, à savoir la mise en perspective de deux phénomènes récents (judiciaires/juridiques/médiatiques/hystériques).
Et voilà pour le droit. Eolas le précise très justement: "ce n'est pas un problème de mots, c'est un problème de camp." C'est malheureusement vrai. De même je ne peux qu'approuver quand il souligne le danger de réserver la liberté d'expression aux bien-pensants qui bénéficieraient de l'imprimatur. Cela me rappelle trop les pitreries de Descartes, personnage attachant tant il était inauthentique et faux, "philosophe" qui s'est battu en duel dans les rues plusieurs fois pour des intrigues auxquelles les femmes n'étaient pas étrangères (c'est déjà autre chose que de leur "déboiter la machoire"), mais "philosophe" qui a surtout vaincu l'épistémologie, bloquée pendant 150 ans à cause de ses âneries. Oui ça n'a rien à voir. C'est mon blog. La porte est .
Quant au problème de camp, certes, quand une rappeuse chante en répondant qu'elle va émasculer le poète, tout le monde est content. On aura un Farinelli au prochain Printemps de Bourges et cela ne traumatise personne.
En même temps, sur un plan purement empirique... quelle est la proportion de faits réels de violence envers les femmes, comparée à la proportion de Farinelli ? Quels sont les moyens de défense physiques, immédiats et concrets d'une femme face à un individu qui se comporterait comme le personnage fictif de la chanson en question ? La réponse est simple: ce personnage n'est pas fictif. Ce n'est pas Orelsan, évidemment, mais il existe, sous quelque nom que ce soit, et la justice ne peut intervenir qu'a posteriori. C'est même un paradigme actentiel (yes! ça y est je l'ai placée!). Avec sa victime habituelle et habituée.
La liberté d'expression, je la défendais ici. Dans un cadre radicalement différent, lorsqu'une association anti-fumeurs (pardon, anti-tabac) assignait une association animant un site internet et forum pour amateurs de cigares. La presse s'était fait (un peu) l'écho de cette action en justice, bien avant l'audience. La première différence, fondamentale, avec la problématique Orelsan est la suivante: Orelsan a fait l'objet d'une censure initiée non par un juge mais par un représentant de l'Etat. Mes amis havanophiles ont été poursuivis en justice, par une association qui se donnait pour mission de faire de la loi Evin le nouveau Petit Livre Rouge. Il ne s'agit donc pas, dans le second cas, de censure, même si au-delà du droit (je vous avais prévenu) l'objectif poursuivi est le même: circonscrire voire annihiler les possibilités d'expression d'une tierce personne sur un sujet lambda (et dans le second cas, exiger en plus le versement d'une somme d'argent). Et mon impression... c'est qu'il est plus facile aujourd'hui de défendre la diffusion des propos d'Orelsan, que de comprendre et tolérer le plaisir que peut éprouver un havanophile à la terrasse d'un café, un après-midi d'été, ou le plaisir que nous avons à échanger sur les vertus de telle ou telle vitole, l'intérêt de la maturation en cave, etc. Si la défense de la liberté d'expression se veut totale et hystérique comme on prétend que toutes les libertés fûrent défendues il y a 2 siècles (et les Gardes Suisses massacrés aux Tuileries, quelle liberté avaient-ils violée?), alors il n'y a pas de degré. Nous sommes dans le domaine de l'absolu, de la sacralisation du support textuel (au détriment de la lecture elle-même) et seule subsiste la limite de l'atteinte à une autre liberté. Il faut donc défendre avec la même ardeur les billets passionnés des amateurs de cigares et les mots d'Orelsan. Ce qui me chagrine, encore une fois, c'est que l'air du temps me souffle autre chose à l'oreille.
Othello! disent certains, pour évoquer un autre exemple de violence à l'égard des femmes, dans une oeuvre devenue incontournable. Tout comme j'en appelais à Gainsbourg pour défendre le droit pour les fumeurs d'échanger dans un espace "public", sinon le droit d'être fumeur. Certes. Othello, cependant, s'est suicidé en découvrant la vérité: Desdemone ne l'avait pas trompé. L'oeuvre a donc une orientation radicalement différente et s'achève sur un amour qui n'est pas exprimé par le pudique rappeur normand dans sa chanson.
Autre point de comparaison, j'écrivais notamment ceci pour le forum de havanophiles: "Doit-on attribuer à l'ensemble des justiciables, par une décision rendue au nom du peuple français, un niveau d'infantilisme et de débilité tel qu'ils ne seraient pas capables à la lecture de ces pages, de résister à l'appel des toxines ? Ne serait-ce pas une insulte directe et sans ambiguïté à notre égard à tous ?"
Peut-on raisonner ainsi quant aux faits imaginés dans la chanson d'Orelsan ? Je ne m'y aventurerai pas. Les chiffres sont trop accablants et le constat d'une bêtise réelle, active et banalisée ne peut pas sincèrement être nié.
Quant à l'argument tenant à dire "il vous suffit de ne pas l'écouter", j'ai peur de ne pas comprendre la pertinence. En effet, les propos en question sont diffusés, donc par définition ils vont être écoutés, et selon le degré de jugement et l'environnement personnel de tel ou tel auditeur, soit disqualifiés comme l'exemple d'une bêtise insondable, soit encensés, chantonnés, repris et placés au rang de modèle. Quand le petit barbu hirsute affirme qu'il faut rayer un Etat de la carte, il ne suffit pas de ne pas l'écouter, car il a peut-être le doigt sur le bouton, a minima il peut être préoccupant. En plus il menace l'intégrité physique de toute une population. N'est-ce pas là l'ambition de violer d'autres libertés fondamentales ? Quand les havanophiles prennent un plaisir scandaleux en échangeant au sujet de leurs vitoles préférées sur Internet, même combat: après tout ils ont le doigt sur le briquet et menacent toute une population de leurs volutes nauséabondes. Quand un rappeur donne l'exemple d'exprimer son désamour par un passage à tabac, dès lors que ce tabac là ne fait pas de fumée...

Dans quelles proportions la norme et le réel se conditionnent-ils mutuellement?
Dans quelles proportions l'art et le réel se conditionnent-ils mutuellement ?
Quelle est la responsabilité de chacun ?
Comme l'écrivait Shakespeare dans ses Sonnets: "Les écouteurs aux fous méchants font peu défaut / Garde de droits regards, si ton coeur même est faux."

Ma "conclusion hors-propos" (c'est ma spécialité) est double: D'une part les Iago et les fabricants de cigarettes ont de beaux jours devant eux. D'autre part le droit est bel et bien la seule "créature" qui pourrait tuer l'art.

Ma conclusion sur Orelsan: Oui, il est honteux que l'autorité étatique s'arroge le droit d'interdire un artiste. Mais une fois condamnée la méthode, censure au lieu de jugement, je me moque bien du résultat, n'étant pas client. Il est également honteux de diffuser les propos incriminés. Je m'inquiète beaucoup plus, sincèrement plus, de la signification sociale du phénomène. Des mots employés. De l'engouement. Mais plus encore de la hiérarchie inavouée entre les "tares sociales", hiérarchie édictée par l'inconscient collectif et prenant la force de la coutume par le truchement des messages martelés par une intelligentsia et des médias qui prétendent être le canal privilégié de l'analyse, du recul et de l'impertinence lumineuse, tandis qu'ils ne sont ni plus vigilants, ni plus éclairés ni mieux intentionnés que le personnage de la chanson. Donc, non, je ne défendrai pas la liberté d'expression d'Orelsan. Ca tombe bien, il n'avait pas besoin de moi. Je finis mon Partagas D4, aux arômes épicés et capiteux avec cette petite note végétale que même le dernier tiers ne peut éradiquer, et me félicite de cette passion qui favorise ces moments magiques pour ceux qui préfèrent la boucler et réfléchir. Le Havane, lui, me trouvera toujours à ses côtés pour le défendre.

Thursday, July 30, 2009

Le droit au juge naturel du geek

Eolas l'exprime avec plus de rigueur technique :
HADOPI 2 fait pour l'instant dans la surenchère et le Conseil Constitutionnel va finir par se vexer. Procès-verbaux constatant les téléchargements, ordonnances pénales, et magistrats que l'on veut reléguer au rang de machine à timbrer pour parachever le travail exemplaire que produiront les agents assermentés de la Commission de Protection des Droits. Les majors pourront même se porter partie civile.
Les procès-verbaux, a priori, ne seront finalement que des éléments factuels dont le magistrat pourra seul apprécier la force probante. Cependant de quels autres éléments à charge ou à décharge disposera-t-il pour une analyse en bonne et due forme des faits de l'espèce ?
Il n'y a pas de place, dans le schéma envisagé, pour une procédure conforme aux droits de la défense. Il n'y a pas de place pour le débat, pour l'argumentaire ou pour le doute.
Pour grossir le trait, le projet de loi tel qu'il est aujourd'hui veut ériger lesdits agents en magistrats, ce qui n'est que reformuler maladroitement les dispositions d'HADOPI 1, sanctionnées par le Conseil Constitutionnel. Eux seuls, par leur constatations, auront le pouvoir d'estimer si l'infraction est constituée - la sanction devra en découler de manière quasiment automatique.
Le délit considéré est la contrefaçon, délit potentiellement complexe comme l'indique très justement Eolas. La contrefaçon, avec ses éléments constitutifs réunis et l'identification de son auteur, ne peut ressortir d'un simple PV, que le juge n'aurait qu'à retranscrire. Le copié-collé n'a jamais fait de bien en droit (c'est, quelque part, une contrefaçon aussi non ? une copie servile que l'on ne peut qualifier d'oeuvre de l'esprit caractérisée par un minimum d'originalité).
Comment justifier qu'un tel délit échappe ainsi à son juge naturel, présent mais dessaisi de l'essentiel de ses prérogatives ?
Car tout est là, je crois (par simplicité d'esprit peut-être), sous l'artifice de ce projet de loi, derrière le jeu de mains opéré en matière de charge de la preuve et de choix de procédure. L'internaute lambda n'aura ainsi pas les mêmes droits qu'une personne poursuivie pour des faits de contrefaçon off-line, sans considération aucune pour la gravité des faits de chacun.
Ceci revient, sans discours excessif ni circonvolutions, à refuser à toute une catégorie de justiciables leur droit à leur juge naturel (au sens où, bien que présent dans la procédure, ce-dernier n'aura pas les compétences que le droit commun lui attribue).
De tous les droits fondamentaux en vigueur en France, c'est l'un des principes les plus fréquemment malmenés, directement ou non, et son application relève d'une vigilance constante. Paradoxalement, c'est aussi l'un des droits les plus anciens, les plus historiques et les mieux assis.
Récemment, il était rappelé au roi par Paul Pélisson, à l'occasion du procès de Foucquet, en ces termes:
"Sire, par l'ordonnance de Blois, par celles qui ont été faites depuis, par une infinité d'autres plus anciennes, renouvelées de temps en temps, d'âge en âge, avec un soin extrême jusqu'aux capitulaires de Charles-le-Chauve; par toutes ces ordonnances, Sire, plus claires, plus solennelles, plus souvent réitérées qu'en aucune autre matière, les rois vos prédécesseurs ont promis solennellement à leurs sujets de n'établir nulle commission extraordinaire, et de les laisser juger par leurs juges naturels".

Si la réponse législative (car malheureusement on en envisage jamais d'autre) se veut désormais à la hauteur de l'hystérie de tout épiphénomène monté en épingle selon de simples critères de lobbying, d'aura consumériste ou de couverture médiatique, je m'étonne d'une chose:
Pourquoi n'a-t-on pas encore créé une Autorité Administrative Indépendante pour constater et sanctionner le hacking d'iPhone ?
Je propose donc, dans le même ordre d'idée, la création de tribunaux d'exceptions pour condamner toute personne trouvée en possession d'un iPhone craqué ou coupable de recel dès lors qu'elle aura (et elle aura) bénéficié par tout moyen, en connaissance de cause (ce qui se déduira logiquement pour tout geek), du produit de ce crime odieux et inqualifiable, celui d'avoir souillé le sacré: avoir déverrouillé l'iPhone.

Nous appellerons cette autorité la Haute Autorité pour le Très Saint I Phone, HATSIP. Ses agents auront tout pouvoir: constat, confiscation, condamnation et exécution (pour homologation par un magistrat, envoyer à l'adresse suivante, Palais de Justice de Paris, 4, Boulevard du Palais, 75001 Paris - Poste Restante). Les sanctions iront de la simple coupure de téléphone et d'internet à vie, jusqu'à la mort civile. De toute façon ça ne changera plus grand chose, si l'on a pas un iPhone à 25 ans, c'est qu'on a raté sa vie, non ?

J'anticipe, je schématise, j'assimile, je caricature, mais en ce siècle de fast-food, que faut-il encore pour attirer l'attention ?

Tuesday, July 28, 2009

Fofana et les 40 "connards"

Je reproduis ici partiellement une dépêche AFP du 27 juillet 2009 (j’ai corrigé les typos) :


Le procureur général de Paris Laurent Le Mesle a demandé au bâtonnier de Paris Christian Charrière-Bournazel d'ouvrir une enquête sur des propos qu'aurait tenu Francis Szpiner, avocat de la famille d'Ilan Halimi, après le procès du "gang des barbares", a-t-on appris auprès du bâtonnier. Dans un article publié le 23 juillet dans Le Nouvel Observateur, Me Szpiner qualifiait notamment l'avocat général au procès, Philippe Bilger, de "traître génétique". Me Szpiner, ancien avocat de Jacques Chirac et d'Alain Juppé, s'en prenait également à ses confrères de la défense, des "connards d'avocats bobos de gauche", selon lui.

M. Le Mesle a réagi à cet article en demandant par courrier au bâtonnier de Paris d'ouvrir une enquête. "J'ai bien reçu cette lettre, je n'ai pas encore pris ma décision", a indiqué à l'AFP Me Charrière-Bournazel, confirmant une information du Nouvel Obs.com. C'est au seul bâtonnier qu'il revient d'engager d'éventuelles poursuites disciplinaires contre un avocat. Me Szpiner n'a pu être joint par l'AFP.

[…] L'avocat général, qui avait soutenu l'accusation au procès, avait pourtant parlé d'un verdict "exemplaire" mais la principale partie civile, représentant la famille de la victime, avait au contraire dénoncé son "indulgence".


Je ne peux pas accepter les propos de Francis Szpiner. Philippe Bilger est un magistrat hors du commun et la machine judiciaire se porterait autrement mieux s'il était représentatif du niveau moyen de ses collègues. C'est sans doute l’un des rares magistrats, à ce degré, qui s'est engagé sur une voie authentique de compréhension de l'humain. Lui cracher au visage d'une part est très maladroit et blessant à l'égard d'un individu si profond, d'autre part c'est vouloir robotiser l'œuvre judiciaire.

Il faut la critiquer bien sûr, dès qu'il est nécessaire, mais pas ainsi. Plus on la déshumanise dans nos propos, plus elle se déshumanisera d'elle-même et nous sommes loin d’avoir touché le fond. Le pire n'est jamais décevant. Alors rejeter en bloc une mécanique (dont on vit, par ailleurs, ce qui n'est pas non plus très élégant) parce qu'elle n'est pas parfaite, au lieu d'essayer de contribuer à la sauver, c'est relativement stupide. Cela ne peut mener qu'à la destruction de l’institution.

Il s’agit bien de la "sauver", je pense que mes termes ne sont pas excessifs. Chaque dossier, chaque prévention, chaque décision interroge ses protagonistes, et si l’on cesse de donner un sens, en amont comme en aval, à cette création perpétuelle, seul le papier supportera encore sa légitimité. On ne peut pas se permettre cela.

Imaginez un instant l'alternative: si les magistrats sont des traîtres et les avocats de la défense des connards, on peut en déduire que les cours d'assises ne satisfont personne et on s'en débarrasse. Gain de temps, paperasse évitée, moins d'aléa. Je ne vous fais pas un dessin, l'histoire a déjà glorifié les peintures. Et pas forcément l’histoire qui vous vient à l’esprit, vous qui comme moi avez été nourri par l’école de la République des récits hystériques façon Michelet. Le vrai « Joyeux coup de canon », il n’a pas encore résonné. C’est l’expression de "traître génétique" qui résonne aujourd’hui dans mon esprit. Elle me fâche. Elle me lasse. Je ne peux pas croire qu’elle est le fruit de la réflexion de Francis Szpiner. Elle ne fait qu’aggraver les problèmes qu’elle voulait sans doute, par un long cheminement intellectuel, dénoncer.

Quant aux "connards d'avocats bobos de gauche"... tout d’abord chacun à droit à une défense – il en va aussi de la légitimité du pouvoir judiciaire, sinon de tout procès. Si Fofana pouvait prétendre à l’assistance d’un avocat, à tout prendre certains auraient préféré (en privé, sans jamais en faire état) qu'il soit défendu par un connard. Un nul, un incompétent. En espérant également que la Cour n’en éprouve pas un sentiment d’inachevé. L’œuvre judiciaire est d’une fragilité extrême, un soupir même peut la bousculer et les apparences sont trompeuses. Mais en privé, sans jamais en faire état, ils auraient été déçus, car les avocats de la défense n’étaient heureusement pas des connards. Il est d’ailleurs indispensable, pour satisfaire l’objectif de paix sociale qui est au nombre de ceux de la machine judiciaire, que l’auteur des faits les plus atroces dispose du meilleur conseil. Ainsi la sentence ne peut être discutée et remise en cause de manière gratuite et profane, au comptoir du café du commerce, pendant des mois voire des années, mais uniquement dans le cadre d’une procédure d’appel, sur un plan technique, par les personnes les plus compétentes. Ainsi Fofana ou tout autre auteur de crime ne peut sérieusement attribuer sa condamnation à une machination quelconque qui l’aurait placé volontairement entre les mains d’un défenseur d’opérette, d’un apprenti sorcier. Seule reste alors l’explication du juge : débats, faits établis, infraction constituée, personnalité, contexte, personnalisation de la peine, prononcé.

Là encore, je ne vois pas l'intérêt des propos de Francis Szpiner. Ils sont gratuitement destructeurs et je me lasse de ce regard condescendant sur la justice et ses auxiliaires. Ce regard porté par certains d’entre eux qui ont réussi à sortir du lot sans jamais réussir pour autant à comprendre ou admettre ce à quoi ils œuvraient également. Ils ont vécu sur la justice, et non avec. Donc ils peuvent la mépriser. En l’occurrence, l’intéressé comprend très bien, et c’est donc bien pire.

Il faut assimiler ceci, si l'on fait "œuvre de droit" (au sens quotidien et non pompeux): la justice est fragile et il faut l'aider. A cause des propos injurieux de Francis Szpiner, dont la voix porte au-delà du prétoire, elle est aujourd'hui un peu plus fragile encore.

Mauvaise pente.

Mais il faut être indulgent avec ce que l’on juge bête aujourd’hui : on ne sait jamais ce que nous réserve l’intelligence de demain. Francis Szpiner est certainement sorti de ses gonds (en totale maîtrise) car il doit avoir connaissance d'un contexte spécifique, que j'ignore. Je suis convaincu qu’il avait ses motifs, motifs qui ne ressortent pas nécessairement des pièces du dossier. Je réprouve juste les termes choisis.

Pour autant, j'espère que le Bâtonnier ne l’inquiétera pas pour ces mots. Je ne désespère pas qu’il les regrette un jour, ou qu’il les nuance, même en privé, sans jamais en faire état. Mais ça ne peut venir que de lui, pas d'une procédure disciplinaire qui clôturerait sa réflexion. C'était dans les dialogues d'Audiard, non? C'est le privilège des cons que de se sentir persécutés. Francis Szpiner est tout sauf un con. Je suis donc plein d'espoir. Et je serai le dernier à courir après des explications.

A mon humble niveau, j’ai récemment plaidé en défense un référé prud’homal, rue Louis Blanc, au cœur de l’été. 51 affaires au rôle. J’étais 51ème. L’affaire précédant la mienne mettait en scène des traders qui réclamaient plusieurs millions d’euros de bonus. Le demandeur précédant ne savait pas lire et n’était pas assisté d’un avocat. Puis est venu mon tour. On m’a laissé 9 minutes. Après 5h45 d’attente. 9 minutes durant lesquelles j’ai eu du mal à en placer une. 9 minutes durant lesquelles, si j’avais cédé à la lassitude, on inversait tranquillement la charge de la preuve sous mon nez. Délibéré pour les dernières affaires : départage. La négation même du référé, qui se veut procédure de l’évident, du clair, du concis : il y a lieu, ou il n’y a pas lieu à référé. Pour autant les deux magistrates ayant choisi de ne pas trancher ne peuvent être injuriées. On connaît leurs conditions de travail. Le confrère qui a assigné mon client en juillet n’est pas un connard. Je compare l’incomparable, c’est évident, mais je ne mélange pas tout pour autant : mon raisonnement est le même. Auxiliaires de justice, notre rôle est vaste. Parfois notre voix est entendue. Sachons murmurer au lieu de beugler. L’arme absolue c’est le calme.

Thursday, January 08, 2009

New Year Update

Inspired for once, so here is a new post to remember a few events or impressions of good old 2008:
  1. January, I was in Oslo for a few days - not long enough in any case.
  2. February, I welcomed friends from abroad for walks and drinks in Paris.
  3. March, I discovered more of Norway - and was very glad to.
  4. April, I had great moments for my birthday at home.
  5. May, the weather matched my amount of work.
  6. June, I managed to spend a week-end off in Normandy. Felt like a great achievement.
  7. July, real holidays, with a trip between Denmark and Sweden. Wonderful time.
  8. August, there was some holiday still, but lots of work too, again.
  9. September, that's when I started to leave the office by night (I still do of course).
  10. October, I was under the knife, it had been a while. At least it allowed 2 afternoons off.
  11. November, I took a 3 days holiday but mostly I worked a lot. It calmed down at last.
  12. December, I flew away for Christmas, once again, and did not regret it. And guess what? It is colder in Paris now than it has ever been in Bergen.

    Those moments and photos are not the main things about last year. I do take one picture a day too, as I wrote here before but since it is private, you guys will have to be pleased with those public bits and pieces!

    Now, is that a resurrection of this blog? Hmmm... Time will tell. It will tell many things!

Friday, July 25, 2008

Wishful driving

July 24th, 18:30, in a plane from Béziers to Paris.
Woke up late and mad but finally made it to Orly airport just in time this morning. A very good day followed: nice walks, upgraded for free with the car rental, drove along the Canal du Midi, had a constructive business meeting with nice people, and nothing went particularly wrong. Although it felt wrong somehow, spending such a nice day for no reason, in the middle of quite a mess. I was reassured in the planes when surrounded with crying babies on both occasions - the daily bothers had not vanished in oblivion, therefore it was all real.
I was driving on the A9 between Vias and Narbonne with air-conditioning, Coldplay and GPS, carefully but swiftly. Set the temperature for my imaginary passenger to 18°C and kept it to 21°C for me (around 32°C outside). Didn't bother with gas, I drove calmly enough to spend as little as possible - enough to be forgiven a sincere omission like not refuelling I thought, and I was right, it only took a smile.
I was driving and thinking, on the A9 between Narbonne and Vias. Enjoying myself. Maybe tonight I'll be home early, around 20:30. Do a bit of cleaning and ordering, then try to cook and eat it anyway. Do some Photoshopping, and some crafting somehow. A bit of self-satisfaction about the general state of things, with measure but immediate profit. One should not wait for others' compliments too often anyway. And if I am wise enough to be glad with what the future surely holds, it feels good to be satisfied with actual parameters under no particular circumstance. Not even in good company for that matter.
I was driving and smiling, between Vias and Narbonne, thinking that tonight I could find the time for a good Cuban cigar and some Islay whisky, and then some anti-tobacco candle that neutralizes guilt far better than it does smells. Fairly possibly the espresso machine will rumble on a few occasions, subtle and quiet as a supertanker that would try to make its way in the marina of Smygehamn. Neighbours so far never rang. Fear maybe.
I was driving and smoking, on the A9 between Narbonne and Vias, and despite the heat and surroundings I thought it was Spring. I felt Spring. How come? did I most charmingly ask myself, as if not waiting for any answer. And although it was rhetorical, I sort of figured out a possible explanation for that. I started this job on March 25th (Oh, that's 4 months now!). So I didn't see Spring coming. At all. And the information caught up with me at last: only now is it obvious that it romps about and joyfully tampers with anything. Don't blame me, I have been making money. Well, slightly more than when I was looking for a job but still... So I haven't found a single second for such evident steps to cross my mind: seasons. What else did I miss? If your powers of observation are to amaze me still, you may notice that I haven't blogged much lately. Nor did I read lots, set aside litigation documents, appraisal papers, contracts of employment, exclusive distribution agreements (drafted one recently, with supernatural goodwill), orders, judgments and else. I had a week off though, and shall enjoy another one very soon. But sometimes I feel the need for a longer, deeper rest.
I arrived at home around 22:30, exhausted, and I did not clean, nor order, craft, cook, eat, photoshop, drink, read, blog or use the anti-tobacco candle...
I woke up today and hurried to the office. 38,5 years to go.

When the future's architectured
By a carnival of idiots on show
You'd better lie low.

Tuesday, May 06, 2008

Clic - Clac - Dans la boite

I first thought of doing yearly albums of one picture a day when I came across Frank Horvat's photo book for the year 1999. But there was another motivation of course, i.e. my inability to remember my past, with criteria that are still quite foggy.

I do remember things of my childhood, every once in a while, but in a way that makes them no different from a family story heard far too often. As if it were a cousin's memories, told by a grand-mother over and over. But since I have almost no contact with said family, I have to conclude that some colors, still pictures, vague remnants of things I still have in mind occasionally, are mine.

These albums are therefore a way to look back with no ambiguity, if such a thing is possible. And if I stop shooting flowerpots or walls or parquet floor at 23:50 to get rid of the exercise.

I started on January 1st, 2007. One picture, one short text, every day. It becomes a challenge with my current job though. And the writing explains why this page is not my top priority.

I try to find a solution for editing and printing the 2007 album (not for public release or anything of that kind. Still, 2-3 units could find their purpose). Some online publishers I tried do not match: prints would be of low quality, especially for pictures with an Orton effect or a bit more Photoshop work than usual.

Since I switched to Apple, I might give a chance to the offer that comes with iPhoto. In any case, the automatic display and options seem much smarter than other things I have seen around. But now I need the necessary time to fill in all descriptions, titles, comments, and check the whole thing.

At this rate, the 2007 album shall not become real before 2009. But isn't it typically the sort of thing that can only get more valuable over time?
Don't ask my memory.

Oh, it's been a while since I last updated the Jukebox (ok, the whole page). The old, bloody FTP is down for some reason. I shall edit and update whenever I will have found a solution.

(EDIT)
Fixed!
StraightfromtheJukebox: Camille - Cats and Dogs

Thursday, April 10, 2008

The alarm beyond the alarm

Waking up at 7am is not the hardest part, I figured out. I even got a liking for witnessing the birth of the day - somehow it brings peace of mind. A very foggy peace though.
I really could not say how long I will work there, but whatever the firm, the daily schedule could hardly get better over time. I am on the tracks, and any deep change would now mean an even deeper cause.
Funny that I would more easily make plans for the next three decades when having no job and not making a living, while now I just enjoy the day somehow.
Still, it is good to wake up with the Sun. For many great, happy, furious, odd, unexpected things will knock at the door, every once in a while. I prefer them to surprise me when I'm dressed and fed, with pen and paper nearby.
I can draw a first conclusion in any case: A day is not 3 times 8 hours anymore, it's 2 times 12. And I should stop staying awake beyond 02:00 am...

Tuesday, March 25, 2008

Chapters

Lundi de Pâques

When I work for free (well, for good Cuban cigars and coffees),
when I get my luggage back at last (they managed to forget it on both ways),
when I feel I should go to bed early, and hopelessly know that it shall not be the case.
When I am scared shitless with my new job starting tomorrow.
When I open one week of mail and instantly stop trying to understand the tax department’s vocabulary and poetic licence.
When I eat a lot while I just did for one week.
When I finish a wonderful novel and want to read it again just to write down lots of quotes.
When I know that, once in my bed – 2 hours late on schedule I guess, I will open the 4th Harry Potter and think: "ok, only the first chapter…"

Friday, March 14, 2008

A real life post! (may contain bits of real people)

It seems I am no longer a stray lawyer. After 3 months without an office, I found a new position at a law firm. Better pay, better job, but I guess tougher work and timetable (that was inevitable compared with my last job).
I half believed I would not get it, since I have been in touch with that firm for quite some time, had my share of interviews, and was told about the same issues over and over. An applicant with an extra language could have convinced them to drop my resume at any time.
Since they most certainly found such applicant in parallel, I would very much like to know what made the difference. But that's not a question to ask.
We'll see by and by, things change all the time. In any case, that's a promise to learn more, meet new people and earn a little something in the process. Who knows? I might like my job someday?
I have a whole week for myself before starting, and it is not insane luxury given everything I have to settle by then!

Thursday, March 13, 2008

One Apple a day...

That's it! I switched to Apple, and bought a new laptop today after the old Acer passed away for good. I will need time to get used to the MacBook Pro, but so far everything I tried was the same... only easier and faster :-)
And now, after an afternoon on softwares, parameters and playing around, I'll spend half the night on transferring data. Isn't life beautiful? Through a 15 inches, 1440 x 900 matte screen?
It is.